Étiquette : Théodore Decalandre

 

Un 14 juillet tarbais, un peu avant 1925

Le quatorze juillet

La première page de l’ouvrage, Le quatorze juillet ou petit art de rimer quand on manque de rimes, Tristan Derème, Emile-Paul Frères 1925 :

Quatorze juillet ! et nous finissions l’après-midi chez M. Théodore Decalandre, à Tarbes. Par les persiennes glissaient les nappes brûlantes d’un soleil oblique, cependant que trois orchestres jouaient à la fois sur la place Maubourguet, où les ormeaux laissaient pendre leur verdure triste, dans la poussière et la chaleur. On entendait aux violons l’amour avide et langoureux de Dalila, la Valse bleue et les tempêtes ridicules d’un jazz-band.
– Que n’ai-je trois oreilles ? …murmura M. Decalandre.
D’un quatrième orchestre, qui errait par les rues et qui donnait à danser aux carrefours, s’éleva l’allégresse mélancolique d’une polka que soulignaient les rugissements d’un trombone grognon.
Chacun rit et se rue
Et tourne ; tu n’as qu’à
Descendre dans la rue
Pour danser la polka,
improvisa M. Baramel.
L’heure approchait du dîner. Les musiciens regagnaient leurs tanières pour reprendre, aux viandes comme aux vins, quelque vigueur, afin de cadencer ensuite et d’enivrer les bals de la nuit. Alors, tous les phonographes de la ville se prirent à chanter du nez. Il y en avait aux fenêtres ; il y en avait dans les corridors ; il y en avait, je pense, sur les ardoises bleues des toits pointus….
Dieu que le Gramophone est triste Quand je bois, dit M.Decalandre, en élevant son grand verre, et comme, en ce vacarme, nous nous mettions à table, – en souvenir de Jules Laforgue qui avait, en cette ville, vécu les jours de son enfance et en songeant aux lumineuses guirlandes qu’on allumait et qui allaient éblouir les branches du Marcadieu, il dit encore :
J’ai le cœur triste comme un lampion forain.
Puis, tandis qu’on apportait une immense soupière de faïence blanche et bleue, qui, le couvercle enlevé, laissait monter, vers la lampe de cuivre au plafond suspendue, l’abondante vapeur de la familiale garbure, où flottaient les parfums du chou vert et de la cuisse d’oie confite…

Etc.

Tristan Derème le poète, la muse d’un jour, Bertille  avec Paul-Jean Toulet en voix off.

Bertille dans la bande dessinée Sasmira de Vicomte

Bertille dans la bande dessinée Sasmira de Vicomte

Un beau patronage pour commencer ce blog.
Bertille est une des héroïnes de la bande dessinée la plus mystérieuse et sans doute une des plus belles que j’aie lues : son titre, Sasmira, histoire prévue en deux albums de Laurent Vicomte. Cet auteur, hélas, nous fait souffrir. Il nous impose depuis plus de sept années l’attente du deuxième tome achevant l’histoire. Le premier, quant à lui, s’ouvre sur des pages dont les cases sont accompagnées d’une « voix off » nous délivrant des bouts de phrases dans de petites bulles blanches et rectangulaires. On peut recomposer le texte ainsi :

Le temps irrévocable a fuit. L’heure s’achève.
Mais toi, quand tu reviens, et traverse mon rêve,
Tes bras sont plus frais que le jour qui se lève,
Tes yeux plus clairs.

A travers le passé ma mémoire t’embrasse…

Où l’on reconnaîtra le début d’un poème de Paul-Jean Toulet (extrait de son recueil Contrerimes).

Dans ce blog, ni biographie, ni essai, ni chronologie, ni anthologie. Echos et résonances.

Ce qui nous amène à Tristan Derème…

En mars 1927, deux ans avant La Verdure Dorée, son principal recueil de poèmes, Tristan Derème publie aux éditions Le Divan, Paris : En rêvant à P.-J Toulet. Comme il l’a déjà fait ou le fera pour d’autres de ses confrères, Tristan Derème rend hommage au poète palois décédé en 1920, le 6 septembre, à l’âge de 53 ans. Sa rencontre, sa correspondance (quelques textes de lettres inédites de P.J Toulet adressées à Derème) et la poésie de « naguère » sont le thème de cet ouvrage imprégné de la sensibilité et de l’ironie de Toulet dont Derème est sans aucun doute un héritier.  Avec le personnage principal, Théodore Decalandre, le double de Derème ayant pris âge et  expérience, et Tristan Derème lui-même comme narrateur, débute ainsi le texte :

« Comme je poussais la porte, je découvris dans son grand fauteuil, M.Théodore Decalandre. Il tenait sur les genoux un livre ouvert.
– C’est Mon Amie Nane, dit-il, et c’est l’un des ouvrages de P.-J. Toulet que je préfère ; et voyez, j’ai fait relier, entre les pages de ce roman, toutes les lettres de Toulet, -celles du moins qui me restent ; car, les autres, elles sont en des tiroirs obscurs… »

Si ce fameux livre existe, je veux bien qu’on me l’indique…