Étiquette : Pierre Véry

 

Derème et Pantagruel, desbaudissante fantaisie

La une du n°1 de Pantagruel

À propos d’une de mes dernières trouvailles.

De 1905, âgé d’à peine seize ans, année où il publie son premier poème, Le renard et le corbeau, à 1941, année de son décès, Tristan Derème confiera des centaines de poèmes, articles et chroniques à des dizaines de revues différentes : de Pyrénées Océan au Figaro auquel il contribuera le plus souvent, de l’île sonnante aux Facettes la revue poétique toulonnaise de son ami fantaisiste Léon Vérane, de bien d’autres parutions françaises, belges, voire même anglaises à celle objet de cet article.
Le 25 mars 1933, Pierre Véry, ancien libraire, journaliste et auteur de chefs-d’œuvre du roman policier ( Les disparus de Saint-Agil, L’assassinat du Père Noël, Goupil mains rouges…), lance une revue hebdomadaire qui ne durera que quelques semaines : Pantagruel, le grand hebdomadaire d’esbaudissante fantaisie et de substantifique moelle. Les contributeurs en étaient : Pierre Bardel, René Chambe, Jean Drault, Camille Ducray, Raymond Escholier, Funck-Brentano, Gilbert Charles, Abel Lefranc, Henri Louis Mill, Prosper Montagné, Didier Poulain, André Salmon, Pierre Very ainsi que Mmes Delarue-Mardrus et Yvette Guilbert. Il y avait aussi des dessins : Alain Saint-Ogan, Jean Bray, David Burnand, Chancel, Jobbé-Duval, Pierre Payen, Sauvayre, Ralph Soupault…

La une du n°1 de Pantagruel

Et au milieu de tous ces gens là, à la une, l’avant dernière colonne à droite, un texte de Tristan DEREME, Ah ! Province. Une chronique qui débute banalement sur les considérations d’un citadin sur la province et qui s’achève en forme « d’histoire » pour Patachou !
Ce texte nous le retrouvons l’année suivante dans l’ouvrage Le Poisson Rouge, Grasset, 1934, dédié à Francis Carco et regroupant 79 chroniques de Derème. Page 289, le titre s’est simplifié pour devenir simplement Province ,et surtout, l’auteur à rajouter en introduction un poème :

Laforgue et Franc-Nohain m’ont appris la province
Qui lit l’indicateur et joue aux dominos,
Tandis qu’illuminant les chemins vicinaux,
Glisse entre deux pommiers la lune ronde, – ou mince,
Car la lune est changeante et la province point.
Ainsi tourne autour du vieux monde
Comme un songe amical la lune mince, – ou ronde ;
Et n’est-ce pas elle qui point,
À l’instant que M. l’adjoint,
Pour regagner la paix d’un logis solitaire,
Entre le palmier jaune et les acubas verts,
Quitte au seuil du Café du Nouvel Univers,
M. le Contrôleur et le clerc de notaire
Qui fera dit son oncle, un mariage heureux ?
Sa fiancée est maigre, il en est amoureux.
Remplissant leurs devoirs avec exactitude,
Et l’oncle leur marquant quelques sollicitude,
Ils pourront acheter une petite étude
Et prendre du bonheur la paisible habitude.
Qu’une lune de miel brille longtemps sur eux !
O province tranquille et qui sait sa fortune
Ou l’ignore, ô bonheur ! Ici la même lune
S’attarde au ciel amer plein de songes flétris,
Et j’attends vainement qu’une comète luise,
Cependant qu’à Passy, dans l’ombre j’improvise
Ces dix-neuf et sept vers pour oublier Paris.
Tristan Derème

Ah, c’est vraiment tout Derème dans ce dernier vers !