Étiquette : Paul Mieille

 

Le fonds et l’exposition virtuelle Mieille

Paul Mieille, (archives 65)

Nous vous parlions dans l’article précédent du fonds Mieille des archives départementales des Hautes-Pyrénées.

Nous ne devons pas oublier ici de vous présenter l’exposition virtuelle passionnante qui a été réalisée sur cette famille tarbaise, Mieille donc,  qu’on pourrait qualifier aujourd’hui de « bobo » avant l’âge.

Pour accéder à cette Exposition virtuelle Mieille des archives du 65 c’est ici  .

Tristan Derème à 20 ans par Paul Mieille

Tristan Derème a 20 ans

Mise à jour de la notice de la plaquette Tristan Derème à 20 ans par Paul Mieille parue en 1930.

Un Petit Poème de Tristan Derème

En 1910, Tristan Derème publie à compte d’auteur le recueil de soixante poèmes, Petits Poèmes, un des six ouvrages qu’il fusionnera plus tard dans son recueil le plus célèbre, la Verdure dorée.
Puisqu’il faut une muse à ce poète de l’amour, de l’ironie et de la mélancolie, pour Petits poèmes, elle se nommera Laure Salet : une histoire qui dura à peine le temps de l’hiver 1909.

… Laure, où sont tes cheveux, tes mains et ton visage ?…

Lui poète et inspecteur des impôts, elle musicienne. Lui volage, elle exclusive…
Laure, le seul prénom qui apparaît dans la Verdure dorée. Le seul amour vrai, l’amour de jeunesse. (lire sur le sujet l’article du regretté Michel Fabre, Le premier amour, un dernier ami, dans le numéro spécial Tristan Derème de la revue régionaliste des Pyrénées de 1990).
Si je vous parle de cela, c’est qu’en 1911 et 1912 ces Petits poèmes furent republiés dans un journal économique et touristique régional, Pyrénées-Océans dont le rédacteur en chef était Paul Mieille (dont nous avons eu l’occasion de parler).
Cent ans plus tard, cela fait drôle « cent ans plus tard » on vient de retrouver dans des affaires des descendants de Paul Mieille quelques documents dont nous reparlerons sans doute. Aujourd’hui en exclusivité je vous en offre un : un poème autographe issu des Petits poèmes. (à noter que TD utilisera la dernière strophe de celui-ci comme envoi pour certains de ses livres destinés à des lectrices).

Dans le calme, la barque se balance, extrait de Petit Poème, autographe retrouvé dans le fonds Mieille. (vers 1911)

Dans le calme, la barque se balance,
extrait de Petits Poèmes, autographe retrouvé dans le fonds Mieille. (vers 1911)

En quoi donc ces poèmes étaient-ils petits ?

Un bicentenaire en forme de centenaire

discours prononcé sous les tulipiers

J’allais l’oublier, à quelques jours près, il n’est pas trop tard. Voilà l’extrait d’un article paru dans le journal régional Pyrénées-Océan du 8 juillet 1911 sous la plume de Paul Mieille, « mentor » en journalisme, s’il en avait besoin d’un , de Tristan Derème :
[…] M. Tristan Derème parle ensuite au nom des poètes méridionaux ; son allocution est presqu’une seconde conférence ; mais il y explique des idées très personnelles ; il nous dit le feu qui anime les poètes et pourquoi ils chantent toujours inlassablement. Très sympathique, le tout jeune orateur est très applaudi […]
Tristan Derème, alors dans sa vingt-deuxième année, était intervenu après une allocution de Laurent Taillade pendant la cérémonie tarbaise du centenaire de la naissance de Théophile Gautier.
Le texte de ce discours, Tristan Derème, Discours prononcé sous les tulipiers du jardin Massey à Tarbes à l’occasion du centenaire de Théophile Gautier, a fait l ‘objet d’une impression au tirage limité de 50 exemplaires. Le mien possède un délicieux envoi:

Au poëte Henry Vivès
lequel baudelairiennement
joint un faux-col de neige à la grâce des cygnes
et peint avec des mots et parle avec des lignes
T. Derème

 Henry Vivès, figure locale tarbaise, journaliste, caricaturiste….

Dernière page du Discours

Dernière page du discours prononcé par Tristan Derème sous les tulipiers du jardins Massey à Tarbes à l’occasion du centenaire de Théophile Gautier

Pour conclure, vous n’échapperez pas à un poème du Prince des Poètes, sans doute pas le meilleur, mais le plus de circonstance ! On ne peut s’empêcher, même si le sujet n’est pas très « sexy », d’ en admirer la maîtrise.

Noël
Le ciel est noir, la terre est blanche ;
– Cloches, carillonnez gaîment !
Jésus est né ; – la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnées
Pour préserver l’enfant du froid ;
Rien que les toiles d’araignées
Qui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l’échauffer dans sa crèche
L’âne et le bœuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s’ouvre le ciel
Et, tout en blanc, le chœur des anges
Chante aux bergers : « Noël ! Noël ! »

Théophile Gautier, 1861.

Songes du poète, sur Vergé antique n°742

Songes du poète

Je l’ai découverte il y a peu. Cette plaquette. Seulement trois poèmes dont sans doute j’avais déjà effleuré quelques vers…
En 1931 Tristan Derème est chef du secrétariat particulier du sous-secrétaire d’état au Ministre de l’Agriculture. N’écrit-on pas plus de poésie, fonctionnaire ? Quelques légendes le colportent. C’est l’année que choisi Paul Mieille à Tarbes pour collecter et éditer les Rêveries Tarbaises, cette série de chroniques du poète dont nous avons déjà parlé. Cette année-là, Tristan Derème publie aussi les Compliments en Vers de Patachou.
Et puis il y a cette petite plaquette, trois poèmes, vingt-trois pages : Songes du Poète.
La mélancolie en traverse les vers.

Je soupire ; et je m’ennuie
Comme un âne sous la pluie
Quand personne ne l’essuie…

Souvenirs, je vous entends ;
Les oiseaux des vieux printemps
Recommencent leur musique…
Mon cœur est à l’abandon ;
Ne ferez vous quelque don
Au soulier mélancolique,
Indulgent Père Noël,
Qui promenez dans le ciel?

Et se réfugier dans la poésie, et s’interroger dans le troisième poème : tout ceci n’est-il pas vain ?

Qu’importe au jeu de l’univers
La musique de quelques vers ?
La terre tourne, et les poètes
Du décor rencontrent l’envers.
Leurs lèvres sont vites muettes.
Adieu, fanfare et lauriers verts !
Ils rêvaient d’une immense gloire ;
Leurs vers dorment dans une armoire,
Et leurs couplets les mieux fleuris
Sont les délices des souris…

Quelques vers plus loin, est-ce Clymène qui l’interpelle ainsi ?

Mais on me dit :- Laissez l’amour d’un vain laurier,
Et goûtez le bonheur loin de votre encrier.
De vivre comme nous faut-il tant vous prier,
Et parmi nos plaisirs ne voulez-vous nous suivre ?
– Vivre ! Dis-je. Quel monde allez-vous m’entr’ouvrir ?
Tous ceux qui tentèrent de vivre
N’ont-ils pas fini par mourir ?

Aveu d’impuissance ou fatalisme

Mais je voudrais, aux pages d’un poème
Enfermer ce monde que j’aime

Il y a bien d’autres choses dans ce dernier poème, notamment la révolte de l’ancien contre la poésie nouvelle qui arrive avec ses alexandrins trop longs ou trop courts !

Les vers sont pareils à Mercure :
Ils ont une aile à chaque [pié].
Couper un pied c’est perdre une aile.

Songes du poèteTrois poèmes suffisent à donner à ce recueil son charme. Et rappelez-vous. Tristan Derème donnait rarement un titre à ses poèmes. Dans les tables de ses recueils était seulement mentionnés le premier vers. La table de Songes d’un Poète est ainsi rédigée :


TABLE
Ariste qui vivez dans un bourg de province11
Je soupire ; je m’ennuie……………………15
Qu’importe au jeu de l’univers………………19

Ne trouvez pas, mon cher Jean
Valschaerts, que de ces trois vers,
ainsi rapprochés, s’élève une manière
de philosophie. ?…
T.D.


Jean Valschaerts est le dédicataire de ce recueil.
Clymène (Dussane) s’est éloignée. Tristan n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est élégiaque avec ses longues plaintes ponctuées d’ironie et de zestes d’humour.

Qui se soucie de Pancrace Broucas?

Si vous n’avez pas le bonheur de posséder un «Rêveries Tarbaises » de Tristan Derème et habitez dans les Hautes-Pyrénées vous pouvez le lire aux Archives Départementales de Tarbes ou mieux le trouver à la Bibliothèque municipale de Bagnères de Bigorre. En effet celle-ci a la chance de posséder le fonds Privat : une extraordinaire et insoupçonnable mine d’ouvrages sur le pyrénéisme, et à l’occasion, sur les poètes locaux.
Vous y trouverez donc le numéro 128 des 250 exemplaires parus, avec envoi :
À monsieur Edouard Privat
le modeste éditeur tarbais de Russel avec son hommage admiratif et cordialement dévoué au grand et génial éditeur des Pyrénées et de la Ville Rose
Tarbes, 1/7/31 Paul Mieille.

Couverture des rêvereies tarbaisesPaul Mieille ? « Les Rêveries Tarbaises » ( Edouard Champion, Paris, Lesbordes Maître imprimeur Tarbes, MCMXXXI) est un livre de 111 pages de textes de Tristan Derème, recueillis et commentés par Jean Lebrau et Paul Mieille.
En 1911, Tristan Derème livre des poèmes et écrit des textes pour la revue hebdomadaire Pyrénées-Océan dirigée alors par Paul Mieille. Il succède au fils de celui-ci, Lucien Mieille, à la tenue d’une chronique intitulée : Silhouettes Pyrénéennes.
La première de ces « silhouettes » a pour titre « Sur les Grands-Fossés » (ancien nom de la principale rue commerçante de Tarbes, rue Foch aujourd’hui). Nous la retrouvons dans les Rêveries . En voici un extrait:

« Faut-il voir, ô surprise ! Almaviva bafoué, Bartholo triomphant, et s’écrier un peu comme le poète :
« La vie est un combat dont la palme est aux vieux ! »
Qui parle ainsi ? Pancrace Broucas. Que pense-t-il ? Je l’ignore. Que veut-il prouver ? Il l’ignore. Que fait-il ? Il parle. Chaque jour, il se lève dès l’aube. Pourquoi ? Pour parler. Dans les rues, il parle. À table il parle…
…Le matin, il parle. L’après-midi il parle. La nuit, il rêve qu’il parle. À l’aurore, sa langue frémit. Il s’éveille…C’est une bouche sans oreille…
Il dit des sottises. Il en dit tant qu’on demeure stupéfait. On se demande s’il ne donne pas une forme sotte à des vérités…
Faut-il le blâmer ? Nous jetons nos vieux souliers : il jette ses sottises. Mais il les jette sur qui l’écoute… »

Avec ce Pancrace Broucas, le premier et l’oublié, Tristan Derème inaugurait une galerie de personnages aux noms souvent picaresques et expressifs qui allaient l’accompagner tout au long de son œuvre.

Bien sûr les Rêveries ne se limiteront pas à ces seules silhouettes pyrénéennes: il n’en écrira que trois. Il tracera aussi des portraits sensibles et passionnés de poètes. Mais ceci est une autre histoire.

(Almaviva et Bartholo sont des personnages du Barbier de Séville)

À Saint-Pée, l’alpiniste dans un fauteuil

Bien sûr, la terre a tremblé ici. Vendredi 17 novembre à 19h19 ; 4,8 sur l’ échelle de Richter ; épicentre dans le secteur de Lourdes, Argelès-Gazost et ressenti bien franchement sur Tarbes…
A l’origine, je souhaitais dire qu’il avait enfin neigé. Les sommets blanchis. Les longues discussions sur la précocité ou la tardiveté de ces chutes dans la saison : sans fin. Ensuite la beauté de la chaîne des Pyrénées. Et j’ai pensé à ce fauteuil installé par Tristan Derème, «dont les quatre pieds étaient dans l’herbe d’une prairie heureusement ensoleillée », son jardin sans doute face aux montagnes, dans sa maison, « la maison du poète », à Saint-Pé, près d’Oloron.

Il vécut une partie de sa vie au pied de la chaîne : à Arreau ce joli village passage obligé du tour de France entre le col de Peyresourde et le col d’Aspin, à Tarbes et bien sûr dans la maison familiale près d’Oloron. Et si ses activités journalistiques et littéraires lui ont permis de fréquenter de nombreux pyrénéistes, tel Paul Mieille, Ludovic Gaurier et bien d’autres, il semble bien qu’aucun n’ait réussi à l’embarquer pour une randonnée ! D’ailleurs écoutez ce qu’il écrivait dans une des 77 chroniques et articles rassemblés dans La Libellule Violette, Grasset, oeuvre posthume de 1942, page 197 sous le titre de L’alpiniste et le fauteuil :

Je demande seulement que les personnes qui rencontrent de très grandes voluptés, dont le récit m’enchante au sommet des pics, ne se mettent point en tête de me lier à leur caravane aérienne, tout de même que je ne les contrains pas du tout à s’asseoir près de moi dans l’herbe pour écouter mes grillons, cependant que deux mésanges s’égosillent dans le pommier et que les jeunes hirondelles se perdent sur les branches sèches du cerisier où leur mère, sans se poser, leur apporte des mouches et déjà siffle dans l’azur.
– Monsieur, me disait l’autre jour une de ces grimpantes personnes, que j’étais heureuse sur ce pic ! Et je voyais votre maison ! Madame ai-je répondu, le pic où vous étiez vous ne pouviez guère le contempler sous vos pieds tandis que d’ici je l’admire ; et vous avouerez que ma maison vous la voyez mieux encore maintenant qu’à deux pas de nous, à côté des pigeons, sa girouette tourne au-dessus des ardoises, et que les volets bleus sont entr’ouverts sur les capucines de l’automne.

Peut-être qu’installer un fauteuil sur le pic du midi d’Ossau…

la maison du poète

Tristan Derème à Saint-Pée