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Votre ami Toulet

couverture histoires littéraires n°56

À partir d’avril 1913 et durant cinq années, Paul-Jean Toulet et Tristan Derème entretinrent une correspondance. Notre fantaisiste en a fait l’écho dans son ouvrage En rêvant à Paul-Jean Toulet (Le Divan, 1927), mais hélas en ne citant que quelques lettres. Nous en avons mis à jour 4 de plus qui viennent de paraître dans :

Couverture d'Histoires littéraires n°56le numéro spécial Paul-Jean Toulet de la revue trimestrielle
Histoires Littéraires n°56 sortie ce début d’année

 

« Nous passions notre temps à ne nous écrire point puis à déboucher l’encrier pour nous marquer notre étonnement que nos lettres fussent si rares. C’était la guerre et Toulet, qui était malade, rêvait de servir. Il n’aurait certes pu tenir un fusil et il ne le savait que trop, hélas ! mais il souhaitait être pris, tenu, retenu, de faire enfin une manière de pénitence. »

Tristan Derème dans En rêvant à Paul Jean-Toulet.

Soit un axe d’abscisse politique, trouvez la poésie de Derème!

Je n’ai pas trouvé mieux que ce texte d’André Thérive extrait de son hommage, intitulé « un faux-mineur », paru dans l’ouvrage Le Souvenir de Tristan Derème proposé à l’initiative d’Henri Martineau et de sa revue Le Divan l’année d’après la mort du poète au dernier trimestre 1942. André Thérive avait annoté l’ouvrage de Derème sur Toulet, En rêvant à Jean-Paul Toulet (1927).

« Un soir, remontant après minuit le boulevard Saint-Michel, Derème changea de voix et d’attitude. Je lui avais demandé si par hasard il tolérait, dans sa gentillesse et son libéralisme, les modes amorphes de la poésie… Vous pensez qu’il pirouetterait une fois de plus ? Pas du tout. Son accent fut soudain celui d’un saint prêtre qui aurait rencontré des blasphémateurs, ou vu profaner un autel, des hosties. Il m’expliqua avec passion, une passion de gentilhomme du XVIème siècle, qu’il y avait des mystifications vraiment trop impardonnables, des ignorances impossibles à expier, des barbaries qui constituaient le péché contre l’Esprit. Il ne me cacha point que tel ou tel lui paraissaient de vrais criminels, des salopards, des sacrilèges. Ah ! si on eût pu l’entendre cette nuit-là, l’union sacrée qui règne autour du nom de Tristan Derème, eût été rompue à jamais.
Elle existait cependant. L’auteur du Poisson rouge et de l’Escargot bleu était peut-être, avec Paul Valéry, le seul tenant de l’extrême-droite poétique qui fût admis et respecté par l’extrême gauche. »

Le souvenir de Tristan DerèmeL’extrême droite poétique.
Pas trouvé mieux. Voilà donc une délicate façon d’aborder le sujet des amitiés politiques de Tristan Derème. S’il a beaucoup écrit, je n’ai rien trouvé à ce jour de lui abordant franchement le sujet. De nombreuses pistes, de nombreux noms, de nombreuses revues. Les Cahiers de l’Occident, le Gaulois littéraire, l’Echo de Paris, la Muse Française, le Figaro… Le fantaisiste a-t-il fait paraître des écrits témoignant d’un engagement ? Au moins savons nous qu’il a été dans l’action politique : il sera secrétaire (à partir de 1921) d’un député des Hautes-Pyrénées, Armand Achille Fould, et fera parti de son cabinet quand celui-ci sera nommé ministre de l’agriculture (1930-1932).

Son intérêt pour Charles Maurras se limita-t-il à sa seule poésie ? Tristan Derème écrira sur celle-ci, lui rendra hommage et lui dédiera un des poèmes du Ballet des Muses, celui consacré à Polymnie, la muse de la rhétorique, celle qui tient dans sa main un rouleau sur lequel est écrit en latin : persuader.
En voilà un extrait, dans le Poème des Colombes (1929) à la page 161, il fait normalement six pages. Ce poème était déjà paru dans La Muse Française en 1927.


Tandis que l’aurore apparaît
Et bleuit les douces collines,
La Muse mûrit le secret
Des souveraines disciplines.
Sa méditation enfonce ses racines
Jusqu’au centre de l’Univers ;
Elle nourrit son âme aux richesses profondes
Pour que la sagesse des mondes
Se dore au fruit de ses beaux vers.
C’est l’olivier. Il est debout dans la lumière,
O troupeau des mortels, cependant que tu pais ;
Ses rameaux se plient à nos tempes,
Son huile brûle dans nos lampes :
Elle est douceur et force ; elle éclaire nos soirs
Et les ténèbre souterraines ;
Elle éclaire la mer où plongent les Sirènes
Et nous découvre ses miroirs
Où dans le calme azur sourient nos désespoirs.
C’est l’arbre de Pallas et c’est l’arbre des sages.
Que la divine olive orne les paysages,
Maurras, où nous menons la plainte de nos jours ;
Tu l’as cueillie en ton enfance
Sur les coteaux de la Provence
Et par elle nos cœurs dédaigneront l’offense
Et le désastre des amours.

Ce n’est pas ce que je trouve de mieux de Derème et je ne peux m’empêcher de voir une contrepèterie dans :
Pour que la sagesse des mondes
Se dore au fruit de ses beaux vers.

Quel ver était dans le fruit ?

Tristan Derème le poète, la muse d’un jour, Bertille  avec Paul-Jean Toulet en voix off.

Bertille dans la bande dessinée Sasmira de Vicomte

Bertille dans la bande dessinée Sasmira de Vicomte

Un beau patronage pour commencer ce blog.
Bertille est une des héroïnes de la bande dessinée la plus mystérieuse et sans doute une des plus belles que j’aie lues : son titre, Sasmira, histoire prévue en deux albums de Laurent Vicomte. Cet auteur, hélas, nous fait souffrir. Il nous impose depuis plus de sept années l’attente du deuxième tome achevant l’histoire. Le premier, quant à lui, s’ouvre sur des pages dont les cases sont accompagnées d’une « voix off » nous délivrant des bouts de phrases dans de petites bulles blanches et rectangulaires. On peut recomposer le texte ainsi :

Le temps irrévocable a fuit. L’heure s’achève.
Mais toi, quand tu reviens, et traverse mon rêve,
Tes bras sont plus frais que le jour qui se lève,
Tes yeux plus clairs.

A travers le passé ma mémoire t’embrasse…

Où l’on reconnaîtra le début d’un poème de Paul-Jean Toulet (extrait de son recueil Contrerimes).

Dans ce blog, ni biographie, ni essai, ni chronologie, ni anthologie. Echos et résonances.

Ce qui nous amène à Tristan Derème…

En mars 1927, deux ans avant La Verdure Dorée, son principal recueil de poèmes, Tristan Derème publie aux éditions Le Divan, Paris : En rêvant à P.-J Toulet. Comme il l’a déjà fait ou le fera pour d’autres de ses confrères, Tristan Derème rend hommage au poète palois décédé en 1920, le 6 septembre, à l’âge de 53 ans. Sa rencontre, sa correspondance (quelques textes de lettres inédites de P.J Toulet adressées à Derème) et la poésie de « naguère » sont le thème de cet ouvrage imprégné de la sensibilité et de l’ironie de Toulet dont Derème est sans aucun doute un héritier.  Avec le personnage principal, Théodore Decalandre, le double de Derème ayant pris âge et  expérience, et Tristan Derème lui-même comme narrateur, débute ainsi le texte :

« Comme je poussais la porte, je découvris dans son grand fauteuil, M.Théodore Decalandre. Il tenait sur les genoux un livre ouvert.
– C’est Mon Amie Nane, dit-il, et c’est l’un des ouvrages de P.-J. Toulet que je préfère ; et voyez, j’ai fait relier, entre les pages de ce roman, toutes les lettres de Toulet, -celles du moins qui me restent ; car, les autres, elles sont en des tiroirs obscurs… »

Si ce fameux livre existe, je veux bien qu’on me l’indique…