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Un bicentenaire en forme de centenaire

discours prononcé sous les tulipiers

J’allais l’oublier, à quelques jours près, il n’est pas trop tard. Voilà l’extrait d’un article paru dans le journal régional Pyrénées-Océan du 8 juillet 1911 sous la plume de Paul Mieille, « mentor » en journalisme, s’il en avait besoin d’un , de Tristan Derème :
[…] M. Tristan Derème parle ensuite au nom des poètes méridionaux ; son allocution est presqu’une seconde conférence ; mais il y explique des idées très personnelles ; il nous dit le feu qui anime les poètes et pourquoi ils chantent toujours inlassablement. Très sympathique, le tout jeune orateur est très applaudi […]
Tristan Derème, alors dans sa vingt-deuxième année, était intervenu après une allocution de Laurent Taillade pendant la cérémonie tarbaise du centenaire de la naissance de Théophile Gautier.
Le texte de ce discours, Tristan Derème, Discours prononcé sous les tulipiers du jardin Massey à Tarbes à l’occasion du centenaire de Théophile Gautier, a fait l ‘objet d’une impression au tirage limité de 50 exemplaires. Le mien possède un délicieux envoi:

Au poëte Henry Vivès
lequel baudelairiennement
joint un faux-col de neige à la grâce des cygnes
et peint avec des mots et parle avec des lignes
T. Derème

 Henry Vivès, figure locale tarbaise, journaliste, caricaturiste….

Dernière page du Discours

Dernière page du discours prononcé par Tristan Derème sous les tulipiers du jardins Massey à Tarbes à l’occasion du centenaire de Théophile Gautier

Pour conclure, vous n’échapperez pas à un poème du Prince des Poètes, sans doute pas le meilleur, mais le plus de circonstance ! On ne peut s’empêcher, même si le sujet n’est pas très « sexy », d’ en admirer la maîtrise.

Noël
Le ciel est noir, la terre est blanche ;
– Cloches, carillonnez gaîment !
Jésus est né ; – la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.

Pas de courtines festonnées
Pour préserver l’enfant du froid ;
Rien que les toiles d’araignées
Qui pendent des poutres du toit.

Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l’échauffer dans sa crèche
L’âne et le bœuf soufflent dessus.

La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s’ouvre le ciel
Et, tout en blanc, le chœur des anges
Chante aux bergers : « Noël ! Noël ! »

Théophile Gautier, 1861.

Le printemps des poètes disparus

La verdure dorée par Tristan Derème

Avec quelques jours de retard sur l’officielle manifestation,
une petite contribution posthume, mêlant le tout de Derème.

N’oubliez pas de lire des poëmes, avec un tréma comme on l’écrivait avant.

Avant quoi d’ailleurs ?

LXXXIII

La double passion de l’amour et des livres,
Les poèmes et les beaux yeux dont tu m’enivres,
Jules Laforgue et tes mains blanches, Mallarmé
Et la pâleur de ton visage accoutumé,
François Villon, Laurent Tailhade, Paul Verlaine
Et vous, Jammes, berger vêtu de rude lame
Qui tirez des sanglots d’une flûte de buis…
O poëtes, c’est vous que dans l’ombre où je suis
J’évoque en regardant tandis qu’elle sommeille
Ses cheveux dénoués sous la lampe vermeille

poëme LXXXIII de La Verdure Dorée, Tristan Derème, chez Emile-Paul Frères 1922.