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Un bibliographie de Tristan Derème

Nous publions ici une bibliographie  , hélas toujours non exhaustive, basée sur les ouvrages,  Tristan Derème d’Henri Martineau, Le Divan, 1927,  Tristan Derème de Daniel Aranjo, Atlantica, 2002, et notre collection personnelle.

Quand Tristan Derème « réseautait »…

Le fantaisiste n’a jamais édité (tout au moins sous un de ses pseudonymes connus), ni écrit (le saura-t-on jamais?) de romans. Il avait bien quelques projets ( Les colibris et leurs amours en est le plus connu) et par ailleurs une légende court sur un livre écrit à plusieurs signé Henri Seguin.
Pas de romans donc ? Pourtant une galerie importante de personnages colonise l’ensemble de son œuvre depuis l’origine. Dans ses livres, on fait salon, on bavarde, on commente…
Une petite communauté se retrouve invitée régulièrement par Tristan Derème. Tout d’abord le premier cercle d’amis avec Théodore Decalandre, Polyphème Durand ( qui fait ses classes dans la Nouvelle Revue Française), M. Lalouette, Mme Baramel.
Puis vient le deuxième cercle avec M. Labride (qui se fait corriger ses vers), Aristide-Benoît Biendit (qui apparaît dans les Nouvelles Littéraires), M. Larbalète, le docteur Ausone Laverdurette, Sylvain Labrette, Remi Lapomme, M. Auson Piédalouette, M. Escanecrabe.
Moins sollicitées sont Adrienne la nièce de Decalandre et son fiancé Lamounette. Ensuite il y a l’autre nièce de Théodore, Mimithé. Dans l’Enlèvement sans clair de lune, nous faisons la connaissance de l’épouse de Théodore Decalandre, Suzanne (qui pourrait bien être inspirée de la fille de Paul Mieille dont nous avons déjà parlé).
On peut rajouter un oncle de Théodore, ensuite Clotilde, les muses bien sûr avec Clymène (et là fatalement nous penserons à Béatrix Dussane, l’amie de Tristan Derème) Lucinde, Clorinde et pour finir avec les sages Ariste et Acaste dans lesquels on verra l’incarnation de quelques éditeurs ou directeurs de revue ( Henri Martineau, Jean Paulhan…).
Au moins vingt-deux amis ! Et vous me voyez venir…Tout au long de ses ouvrages les amis au poète dialoguent et débattent soit avec Tristan Derème de passage parmi eux soit entre eux, avec cette impression que notre fantaisiste n’est jamais très loin. Il aurait donc inventé avant l’heure le premier réseau social poétique… de papier !

À cheval sur mon bouc barbu
J’ai cueilli des roses dorées
Et mes chèvres noires ont bu
À des rivières ignorées…

Tristan Derème

Les amis la guirlande

Une gravure de Jos. Julien
dans Guirlande pour deux vers de Gérard de Nerval,
Tristan Derème, Au Pigeonnier 1926.
(Théodore Decalandre dans sa bibliothèque sur l’échelle, sa nièce Mimithé amenant le Jurançon cher à Derème et sans doute M. Lalouette lisant Baudelaire…)

Soit un axe d’abscisse politique, trouvez la poésie de Derème!

Je n’ai pas trouvé mieux que ce texte d’André Thérive extrait de son hommage, intitulé « un faux-mineur », paru dans l’ouvrage Le Souvenir de Tristan Derème proposé à l’initiative d’Henri Martineau et de sa revue Le Divan l’année d’après la mort du poète au dernier trimestre 1942. André Thérive avait annoté l’ouvrage de Derème sur Toulet, En rêvant à Jean-Paul Toulet (1927).

« Un soir, remontant après minuit le boulevard Saint-Michel, Derème changea de voix et d’attitude. Je lui avais demandé si par hasard il tolérait, dans sa gentillesse et son libéralisme, les modes amorphes de la poésie… Vous pensez qu’il pirouetterait une fois de plus ? Pas du tout. Son accent fut soudain celui d’un saint prêtre qui aurait rencontré des blasphémateurs, ou vu profaner un autel, des hosties. Il m’expliqua avec passion, une passion de gentilhomme du XVIème siècle, qu’il y avait des mystifications vraiment trop impardonnables, des ignorances impossibles à expier, des barbaries qui constituaient le péché contre l’Esprit. Il ne me cacha point que tel ou tel lui paraissaient de vrais criminels, des salopards, des sacrilèges. Ah ! si on eût pu l’entendre cette nuit-là, l’union sacrée qui règne autour du nom de Tristan Derème, eût été rompue à jamais.
Elle existait cependant. L’auteur du Poisson rouge et de l’Escargot bleu était peut-être, avec Paul Valéry, le seul tenant de l’extrême-droite poétique qui fût admis et respecté par l’extrême gauche. »

Le souvenir de Tristan DerèmeL’extrême droite poétique.
Pas trouvé mieux. Voilà donc une délicate façon d’aborder le sujet des amitiés politiques de Tristan Derème. S’il a beaucoup écrit, je n’ai rien trouvé à ce jour de lui abordant franchement le sujet. De nombreuses pistes, de nombreux noms, de nombreuses revues. Les Cahiers de l’Occident, le Gaulois littéraire, l’Echo de Paris, la Muse Française, le Figaro… Le fantaisiste a-t-il fait paraître des écrits témoignant d’un engagement ? Au moins savons nous qu’il a été dans l’action politique : il sera secrétaire (à partir de 1921) d’un député des Hautes-Pyrénées, Armand Achille Fould, et fera parti de son cabinet quand celui-ci sera nommé ministre de l’agriculture (1930-1932).

Son intérêt pour Charles Maurras se limita-t-il à sa seule poésie ? Tristan Derème écrira sur celle-ci, lui rendra hommage et lui dédiera un des poèmes du Ballet des Muses, celui consacré à Polymnie, la muse de la rhétorique, celle qui tient dans sa main un rouleau sur lequel est écrit en latin : persuader.
En voilà un extrait, dans le Poème des Colombes (1929) à la page 161, il fait normalement six pages. Ce poème était déjà paru dans La Muse Française en 1927.


Tandis que l’aurore apparaît
Et bleuit les douces collines,
La Muse mûrit le secret
Des souveraines disciplines.
Sa méditation enfonce ses racines
Jusqu’au centre de l’Univers ;
Elle nourrit son âme aux richesses profondes
Pour que la sagesse des mondes
Se dore au fruit de ses beaux vers.
C’est l’olivier. Il est debout dans la lumière,
O troupeau des mortels, cependant que tu pais ;
Ses rameaux se plient à nos tempes,
Son huile brûle dans nos lampes :
Elle est douceur et force ; elle éclaire nos soirs
Et les ténèbre souterraines ;
Elle éclaire la mer où plongent les Sirènes
Et nous découvre ses miroirs
Où dans le calme azur sourient nos désespoirs.
C’est l’arbre de Pallas et c’est l’arbre des sages.
Que la divine olive orne les paysages,
Maurras, où nous menons la plainte de nos jours ;
Tu l’as cueillie en ton enfance
Sur les coteaux de la Provence
Et par elle nos cœurs dédaigneront l’offense
Et le désastre des amours.

Ce n’est pas ce que je trouve de mieux de Derème et je ne peux m’empêcher de voir une contrepèterie dans :
Pour que la sagesse des mondes
Se dore au fruit de ses beaux vers.

Quel ver était dans le fruit ?