Étiquette : Francis Carco

 

Vœux de Francis Carco à Tristan

Francis Carco par agence Meurisse 1923

Trouvé dans le fonds Tristan Derème de la médiathèque bordelaise, cette correspondance de circonstance. Pour ce qui est de Brémond, l’abbé,  nous aurons l’occasion de revenir sur lui et l’ allusion le concernant avec l’affaire de la poésie pure. Pour aujourd’hui nous nous contenterons simplement des voeux.

Nous ne savons pas (pour l’instant) qui se cache derrière le « nous » de cette carte. Quelle était la compagne (ou le compagnon) de Carco à Nice à l’aube de l’année 1926? À moins qu’il ne s’agissait tout simplement de sa grand-mère qui vivait là-bas.
Voeux de Francis Carco 1926 Nice r

Voeux de Francis Carco 1926 de Nice v

Derème et Pantagruel, desbaudissante fantaisie

La une du n°1 de Pantagruel

À propos d’une de mes dernières trouvailles.

De 1905, âgé d’à peine seize ans, année où il publie son premier poème, Le renard et le corbeau, à 1941, année de son décès, Tristan Derème confiera des centaines de poèmes, articles et chroniques à des dizaines de revues différentes : de Pyrénées Océan au Figaro auquel il contribuera le plus souvent, de l’île sonnante aux Facettes la revue poétique toulonnaise de son ami fantaisiste Léon Vérane, de bien d’autres parutions françaises, belges, voire même anglaises à celle objet de cet article.
Le 25 mars 1933, Pierre Véry, ancien libraire, journaliste et auteur de chefs-d’œuvre du roman policier ( Les disparus de Saint-Agil, L’assassinat du Père Noël, Goupil mains rouges…), lance une revue hebdomadaire qui ne durera que quelques semaines : Pantagruel, le grand hebdomadaire d’esbaudissante fantaisie et de substantifique moelle. Les contributeurs en étaient : Pierre Bardel, René Chambe, Jean Drault, Camille Ducray, Raymond Escholier, Funck-Brentano, Gilbert Charles, Abel Lefranc, Henri Louis Mill, Prosper Montagné, Didier Poulain, André Salmon, Pierre Very ainsi que Mmes Delarue-Mardrus et Yvette Guilbert. Il y avait aussi des dessins : Alain Saint-Ogan, Jean Bray, David Burnand, Chancel, Jobbé-Duval, Pierre Payen, Sauvayre, Ralph Soupault…

La une du n°1 de Pantagruel

Et au milieu de tous ces gens là, à la une, l’avant dernière colonne à droite, un texte de Tristan DEREME, Ah ! Province. Une chronique qui débute banalement sur les considérations d’un citadin sur la province et qui s’achève en forme « d’histoire » pour Patachou !
Ce texte nous le retrouvons l’année suivante dans l’ouvrage Le Poisson Rouge, Grasset, 1934, dédié à Francis Carco et regroupant 79 chroniques de Derème. Page 289, le titre s’est simplifié pour devenir simplement Province ,et surtout, l’auteur à rajouter en introduction un poème :

Laforgue et Franc-Nohain m’ont appris la province
Qui lit l’indicateur et joue aux dominos,
Tandis qu’illuminant les chemins vicinaux,
Glisse entre deux pommiers la lune ronde, – ou mince,
Car la lune est changeante et la province point.
Ainsi tourne autour du vieux monde
Comme un songe amical la lune mince, – ou ronde ;
Et n’est-ce pas elle qui point,
À l’instant que M. l’adjoint,
Pour regagner la paix d’un logis solitaire,
Entre le palmier jaune et les acubas verts,
Quitte au seuil du Café du Nouvel Univers,
M. le Contrôleur et le clerc de notaire
Qui fera dit son oncle, un mariage heureux ?
Sa fiancée est maigre, il en est amoureux.
Remplissant leurs devoirs avec exactitude,
Et l’oncle leur marquant quelques sollicitude,
Ils pourront acheter une petite étude
Et prendre du bonheur la paisible habitude.
Qu’une lune de miel brille longtemps sur eux !
O province tranquille et qui sait sa fortune
Ou l’ignore, ô bonheur ! Ici la même lune
S’attarde au ciel amer plein de songes flétris,
Et j’attends vainement qu’une comète luise,
Cependant qu’à Passy, dans l’ombre j’improvise
Ces dix-neuf et sept vers pour oublier Paris.
Tristan Derème

Ah, c’est vraiment tout Derème dans ce dernier vers !

Trop de Centenaires, tue le centenaire…

couverture Guirlande pour Tristan Derème

À Tarbes le marché a traditionnellement lieu le jeudi. Il existe un coin brocante sur une place entourée de grands platanes, sans-doute séculaires, nommée Le Foirail. J’y ai trouvé une plaquette de 71 pages : Guirlande pour Tristan Derème à l’occasion du centenaire de sa naissance. Je soupçonne le brocanteur, connaissant mes goûts, de l’avoir glissée au milieu d’ouvrages sur Lourdes.
Le centenaire de la naissance ?

Guirlande pour Tristan Derème

C’était en 1989. Dans l’introduction à une série de sept articles, l’auteur nous glisse, après avoir parlé d’une résurrection souveraine de Paul-Jean Toulet depuis une dizaine d’années : « il semble que la résurrection de Tristan Derème ne soit pas encore pour demain. Peut-être pour après-demain ? Que cela ne nous empêche pas, en tout cas, d’assurer dès aujourd’hui un peu de la continuité de tout culte de cet ordre… » Résurrection ? 17 ans après, la pierre tombale n’a pas roulé. Pour s’en convaincre il suffit de pianoter Tristan Derème en entrée sur des sites internet tels que A*.fr ou F*.com. Résultat : Patachou petit garçon (1929) dans une réédition régionale Atlantica 1994 ! Et c’est tout.
Heureusement sur R.R.B.com : 363 fiches en 0,01 secondes. De quoi faut-il s’étonner ? Des 363 ouvrages anciens disponibles ou du temps qu’il a fallu pour les trouver.

L’escargot arrive.

J’ai loupé ce centenaire là. Je proposerais bien le mien. 1906-2006 : celui de la rencontre de Philippe Huc qui allait bientôt prendre pour nom Tristan Derème, il a alors 17 ans, avec Francis Carco et Robert de la Vayssière au lycée Bernard-Palissy d’Agen. Eux pions, lui élève, mais tous les trois épris de poésie. Nous reparlerons sûrement de cette fraternité de sensibilité qui allait se constituer.
Cette année là, Tristan Derème éditera une plaquette hors-commerce de 8 pages, chez Marque, Oloron Sainte-Marie, Le Tiroir Secret.
Plaquette qui me reste encore aujourd’hui, secrète.