Étiquette : Armand-Achille Fould

 

Un envoi du poëte agricole

Songes du poète

Un bouquiniste nous a donné accès à quelques perles rares. Nous commencerons par un envoi de Tristan Derème à Édouard Champion, le libraire éditeur bibliophile ami
du poète. Un envoi sur sa plaquette Songes du poète, éditée en 1931 : trois poèmes.

1931 fut une année pauvre en production nouvelle du fantaisiste. C’est l’année où il devient le chef de cabinet du sous-secrétaire d’État au ministère de l’Agriculture et ami, Achille Fould. Cette nouvelle fonction va l’accaparer et monopoliser pratiquement toute son attention : il s’en plaindra et le regrettera. Il se qualifiera « poëte agricole » dans des lettres à ses amis. On comprend mieux cet envoi et ses allusions aux étalons quand on sait que le « dada » d’ Achille Fould était l’élevage de chevaux et qu’il fut un des acteurs de la naissance du PMU en mars 1931 et bien sûr la rue de Varenne, adresse du ministère de l’Agriculture à Paris.

Édouard Champion ( http://www.remydegourmont.org/)

Un envoi à son « cher ami Édouard » qui lui avait fait deux cadeaux. Il était un des rares à avoir été édité deux fois dans la prestigieuse et rarissime collection « Les amis d’Édouard ». Le bibliophile a convoqué l’élite de la littérature de 1911 à 1938 en leur demanda des textes: Barrès, Cocteau, Anatole France, Mauriac, Colette, Valery… Cela donna 169 volumes in-12 hors- commerce, tirés à environ 250 exemplaires chacun. Tristan Derème y est apparu deux fois donc: sous le numéro 59 avec L’enlèvement sans clair de lune en 1924 (qui constitue l’édition originale du texte) et sous le numéro 151 avec La rime de Virgile et des Japonais en 1930.

Les tranches des ouvrages de cette collection portaient chacune une lettre qui composait la phrase :
Les Amis d’Édouard sont les plus aimables amis du monde – Anatole France. Édouard Champion ami des livres et des dames à Paris et à Abbevi[lle]

Songes du poète avec envoi à Édouard Champion

 

Copie de ce magnifique envoi aimablement fournie par la librairie en ligne indépendante  livres19eme20eme.fr 

Les flèches électorales de Tristan Derème

La longue période électorale qui s’achève me donne envie de parler d’une qui s’est déroulée en 1919 et à laquelle prit part entièrement et avec passion, et nous pourrions en être étonné et surpris, Tristan Derème.
Le 16 novembre 1919 se déroulaient les premières élections législatives succédant à la grande guerre. Les Hautes-Pyrénées devaient se choisir quatre députés. Le suffrage s’effectuait par liste. Aucune raison légale ne m’oblige à les présenter toutes. Ce qui nous intéresse ici c’est l’implication de notre fantaisiste. Nous parlerons donc de deux listes. Celle des Radicaux-Socialistes largement soutenue par le quotidien La Dépêche, et la liste Républicaine d’Union Démocratique et Libérale à laquelle Armand-Achille Fould prenait part pour la première fois.
Il fallait à Fould et à son équipe un organe de presse local. Il le trouva dans le quotidien Les Pyrénées, appartenant à Virginie Escamela, veuve de Jean-Alphonse Escamela son fondateur, depuis son décès en 1912. Fabriqué et imprimé 10 rue de Gonnes à Tarbes, il était diffusé environ à 2000 exemplaires (les Hautes-Pyrénées comptaient 61640 inscrits). En rachetant ce journal, sans doute en septembre 1919, A.A.Fould, allait acheter en quelque sorte son unique journaliste et chroniqueur d’ alors, Tristan Derème. Depuis la fin de la guerre le poète y effectuait une grosse pige: papiers pratiquement quotidiens, chroniques littéraires, humeurs, hommages, reportages dont une série fameuse sur la visite du Maréchal Foch dans sa ville et son département natal. Débutera entre les deux hommes, Derème (30 ans), et Fould (29 ans), une collaboration et sans doute une amitié qui s’achèvera hélas tristement trente deux ans plus tard avec le décès du poète.

Les Pyrénées des 16 et 17 novembre 1919

Le 14 octobre 1919, le journal Les Pyrénées annonce qu’il «prendra position» et le 16 partent les premières Flèches (c’est ainsi que Tristan Derème baptisera ses articles) ouvertement (et pratiquement uniquement) hostiles à La Dépêche et aux Radicaux-Socialistes. Bijoux de rhétoriques et de polémiques sans jamais abandonner l’érudition de l’auteur et parfois ses talents de poète, ces articles vont se succéder jusqu’aux élections. La légende veut que pendant cette période la presque intégralité du journal était rédigée par celui-ci. Une colonne faisait pratiquement 750 mots et le journal de 4 pages en comptait 6 par pages: ses articles principaux en faisaient souvent 4 à 5 mais il en signait aussi d’autres, et nombreux étaient sans signature.
Est-ce grâce à ces articles que Fould a réussi à gagner son siège de député? Toujours est-il que leur auteur en deviendra le secrétaire, confident et ami..
Est-ce que cette période et cette campagne a usé Tristan Derème? Je ne lui connais pas de commentaires sur le sujet mais après le 16 novembre 1919 je n’ai plus trouvé d’autres articles de cette trempe, tout du moins signés de son nom.

Je vous propose donc pour vous faire une idée, mais cela mériterait un ouvrage intégrant par ailleurs les articles de La Dépêche, écrit par un «communiquant politique» de la première heure, l’extrait (256 mots) d’un très long article (4 colonnes et demi), paru le 15 novembre 1919 dans les Pyrénées. Nous avons respecté la casse et la graisse.

«…9 – Un peu de gaîté!
Je lis dans la Dépêche (14 novembre, page 3, colonne 2):
«La vertu qui fait du tapage n’est pas de la vertu. Ça se chante dans « Mignon », croyons-nous, et c’est vrai surtout en période électorale.»
J’en suis bien désolé.
Mais les vers:
Le Ciel n’en veut pas davantage.
C’est là le devoir entends-tu?
La vertu qui fait du tapage
N’est déjà plus de la vertu…
Je souligne le passage mutilé dans cette campagne… électorale. Le pauvre vers a eu deux pieds emportés dans la rafale, et un troisième (si je puis dire) estropié (pas pour plus); ces vers dis-je, c’est le Comte qui chante à son fils, le chevalier des Grieux, au deuxième tableau du troisième acte de MANON.
Manon, pas Mignon.
Mignon, c’est la pure jeune fille.
Manon, c’est… autre chose.
Si la Dépêche prend Manon pour Mignon, on comprend très bien qu’elle nous prenne pour des réactionnaires et quand nous lui disons que nous sommes les Républicains de toute la République et que ses candidats sont des Radicaux-Socialistes, c’est comme lorsque nous lui montrons que sa Mignon s’appelle Manon.
Nous avons toujours raison.
Nous le prouvons toujours.
Et c’est parce que le Peuple aime la Vérité qu’il est avec nous: et c’est parce que nous aimons la Vérité, que nous sommes avec le Peuple.
Ce sera le dernier mot de notre campagne.
Maintenant, vous avez bien lu, bien entendu.
Les Urnes vous attendent demain.
Le Pays ne veut plus des radicaux socialistes.
Il faut que la République sorte des Urnes.
Tristan DERÈME.»

Le 16 novembre 1919 Armand Achille Fould était élu pour la première fois député des Hautes-Pyrénées. Il le restera jusqu’en 1940.

Les Pyrénées des 16 et 17 novembre 1919

On trouvera une collection du quotidien les Pyrénées, aux Archives Départementales des Hautes-Pyrénées que je remercie pour ces extraits.

Vœux pour une, vœux pour chacun vœux pour tous

De Paris, le 7 janvier 1925, Tristan Derème envoie ses vœux à Louise Dazet jeune secrétaire de vingt six ans, au cabinet tarbais d’Armand Achille-Fould, député des Hautes-Pyrénées. Derème supervise depuis Paris ce secrétariat. Louise Dazet est la fille de Georges Dazet : le « Dazet » inspirateur des Chants de Maldoror par le Comte de Lautréamont ( relire le Chant I dans sa première version).

« À Mademoiselle Dazet.

Mademoiselle, je suis furieusement en retard. Mais aussi pourquoi l’année commence-t-elle au premier janvier et non à l’instant précis où j’ai trois minutes de loisir pour souhaiter qu’elle vous soit heureuse! Je vous offre donc mes vœux,

N’écoutez pas siffler sur toutes choses
Les merles que j’entends
Et que pour vous les heures soient des roses
Sur la tige du temps.

Et je vous prie d’agréer, Mademoiselle, l’hommage de mes sentiments respectueux et de mon amitié dévouée. Tristan Derème. »

(archives départementales des Hautes-Pyrénées)

Et voilà  mes meilleurs vœux à tous, soufflés dans un mirliton :

S’asseoir et lire des poèmes en 2012
Dans toutes les langues, même en toungouze ,
De tous les vœux et de tous les souhaits faire un blues,
Le crier à la lune, l’écrire dans un in-12.
Puis rêver, très fort, allongé sur sa pelouse…

Une si longue absence

Dites-moi qu’il vous a manqué et j’ai en réserve de nombreuses histoires.
Le 27 janvier 1931, notre député haut-pyrénéen Achille Fould, est nommé sous-secrétaire d’état au ministère de l’Agriculture ( André Tardieu en est le ministre de l’Agriculture dans le premier gouvernement de Pierre Laval, mais cela c’est l’Histoire). Quelques jours plus tard, le 27 janvier, Tristan Derème est nommé chef du secrétariat particulier d’Achille Fould (pour ceux que cela intéresse, Roujou chef de cabinet, Seydoux chef -adjoint, Videt attaché parlementaire, Bastié attaché, tout court ?! Comme on peut le lire dans l’arrêté ici résumé).
Nous trouvons aux archives départementales des Hautes-Pyrénées de nombreux documents personnels concernant la vie politique d’Achille Fould. Au milieu de ceux-ci , quelques uns concernant Tristan Derème : Courriers, notes, revues de presse (une spécialité de notre fantaisiste qui découpait, collait, soulignait les articles pour son ami et patron, ainsi que pour lui).
Et dans tous ces papiers une note biographique dactylographiée datée du 12 décembre 1931 vraissemblament corrigée par le poète, de sa main, soulignée par endroit de cet épais crayon de couleur bleu qu’il affectionnait dont voici un extrait :

… Nommé en janvier dernier chef du Secrétariat particulier du sous-secrétaire d’État à l’Agriculture, s’est consacré à ses nouvelles fonctions au point de renoncer à ses travaux littéraires, ce qui est un sacrifice primordial pour un écrivain…

Malgré ce sacrifice, il écrivit pendant cette période, une vingtaine de ses chroniques dans le Figaro et trois livres parurent : Rêveries tarbaises, Les compliments en vers de Patachou, Songes du Poète.

note-bio-de-TD-corrigee-par-TD-p1 note-bio-de-TD-corrigee-par-TD-p2

Note biographique sur Tristan Derème par Tristan Derème du 12 décembre 1931 page 1 (fonds Fould Archives Départementales du 65)

 

À bientôt, après cette absence qui lorsqu’on se retrouve, donne le sentiment de s’être quitté la veille.

« Vos affreuses opinions politiques… »

Ces périodes électorales me font penser à cette petite phrase écrite sur « l’engagement politique » de Tristan Derème par Anna de Noailles dans une de ses lettres. Nous sommes en 1924, l’année des élections qui vont donner une majorité au Cartel des Gauches. L’année précédente, il a rencontré la Comtesse. Elle avait quarante six ans et lui trente quatre. Ils resteront amis jusqu’au décès de celle-ci en 1933 et on connaît plus d’une trentaine de lettres adressées par la poétesse au fantaisiste. 1924 donc, Derème est alors secrétaire d’Armand Achille-Fould, candidat de droite à la députation en Bigorre, et il l’accompagne fréquemment dans ses tournées électorales tarbaises.

Lettre d’Anna de Noailles à Tristan Derème:

Jeudi 10 avril 1924

Mon cher ami, je regrette sans cesse votre présence ; votre affection qui me soutient et rit de moi ; notre esprit à répliques rapides dont nous sommes tout deux enchantés d’une manière visible et triomphale ; vos affreuses opinions politiques qui n’ont d’excuse que leur fragilité, et aussi le regret qu’elles vous causent à mon égard ; vos orgies de caboulot où je me vois vous suivre, m’installer et ne plus vouloir partir. Certes vous ne buvez pas, comme je l’avais cru quand m’enchantèrent vos premiers vers, mais toute votre vie fantaisiste est inexplicable (tel ce départ soudain à Tarbes, – « je vais être en retarbes pour mon train », criiez-vous, effrayé devant la digne espagnole Doto, fille d’assassiné, qui a la stabilité et la patience des âmes offensées) – votre vie, dis-je semble la menue monnaie étincelante et sèche de la charmante ivrognerie.

[…]
Ah ! la vie est bien folle, – mais elle est bien dure aussi, et il faut bien du courage au cours de la solitude ou dans l’atmosphère des âmes médiocres. Elles sont plus nombreuses que trottinettes et doublons, dont regorgent en ce moment les trottoirs et les discours de votre immorale ville.

[…]

– Toute mon affection.

Anna de Noailles

(lettre conservée à la Bibliothèque-Mériadeck de Bordeaux)

Songes du poète, sur Vergé antique n°742

Songes du poète

Je l’ai découverte il y a peu. Cette plaquette. Seulement trois poèmes dont sans doute j’avais déjà effleuré quelques vers…
En 1931 Tristan Derème est chef du secrétariat particulier du sous-secrétaire d’état au Ministre de l’Agriculture. N’écrit-on pas plus de poésie, fonctionnaire ? Quelques légendes le colportent. C’est l’année que choisi Paul Mieille à Tarbes pour collecter et éditer les Rêveries Tarbaises, cette série de chroniques du poète dont nous avons déjà parlé. Cette année-là, Tristan Derème publie aussi les Compliments en Vers de Patachou.
Et puis il y a cette petite plaquette, trois poèmes, vingt-trois pages : Songes du Poète.
La mélancolie en traverse les vers.

Je soupire ; et je m’ennuie
Comme un âne sous la pluie
Quand personne ne l’essuie…

Souvenirs, je vous entends ;
Les oiseaux des vieux printemps
Recommencent leur musique…
Mon cœur est à l’abandon ;
Ne ferez vous quelque don
Au soulier mélancolique,
Indulgent Père Noël,
Qui promenez dans le ciel?

Et se réfugier dans la poésie, et s’interroger dans le troisième poème : tout ceci n’est-il pas vain ?

Qu’importe au jeu de l’univers
La musique de quelques vers ?
La terre tourne, et les poètes
Du décor rencontrent l’envers.
Leurs lèvres sont vites muettes.
Adieu, fanfare et lauriers verts !
Ils rêvaient d’une immense gloire ;
Leurs vers dorment dans une armoire,
Et leurs couplets les mieux fleuris
Sont les délices des souris…

Quelques vers plus loin, est-ce Clymène qui l’interpelle ainsi ?

Mais on me dit :- Laissez l’amour d’un vain laurier,
Et goûtez le bonheur loin de votre encrier.
De vivre comme nous faut-il tant vous prier,
Et parmi nos plaisirs ne voulez-vous nous suivre ?
– Vivre ! Dis-je. Quel monde allez-vous m’entr’ouvrir ?
Tous ceux qui tentèrent de vivre
N’ont-ils pas fini par mourir ?

Aveu d’impuissance ou fatalisme

Mais je voudrais, aux pages d’un poème
Enfermer ce monde que j’aime

Il y a bien d’autres choses dans ce dernier poème, notamment la révolte de l’ancien contre la poésie nouvelle qui arrive avec ses alexandrins trop longs ou trop courts !

Les vers sont pareils à Mercure :
Ils ont une aile à chaque [pié].
Couper un pied c’est perdre une aile.

Songes du poèteTrois poèmes suffisent à donner à ce recueil son charme. Et rappelez-vous. Tristan Derème donnait rarement un titre à ses poèmes. Dans les tables de ses recueils était seulement mentionnés le premier vers. La table de Songes d’un Poète est ainsi rédigée :


TABLE
Ariste qui vivez dans un bourg de province11
Je soupire ; je m’ennuie……………………15
Qu’importe au jeu de l’univers………………19

Ne trouvez pas, mon cher Jean
Valschaerts, que de ces trois vers,
ainsi rapprochés, s’élève une manière
de philosophie. ?…
T.D.


Jean Valschaerts est le dédicataire de ce recueil.
Clymène (Dussane) s’est éloignée. Tristan n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est élégiaque avec ses longues plaintes ponctuées d’ironie et de zestes d’humour.

Soit un axe d’abscisse politique, trouvez la poésie de Derème!

Je n’ai pas trouvé mieux que ce texte d’André Thérive extrait de son hommage, intitulé « un faux-mineur », paru dans l’ouvrage Le Souvenir de Tristan Derème proposé à l’initiative d’Henri Martineau et de sa revue Le Divan l’année d’après la mort du poète au dernier trimestre 1942. André Thérive avait annoté l’ouvrage de Derème sur Toulet, En rêvant à Jean-Paul Toulet (1927).

« Un soir, remontant après minuit le boulevard Saint-Michel, Derème changea de voix et d’attitude. Je lui avais demandé si par hasard il tolérait, dans sa gentillesse et son libéralisme, les modes amorphes de la poésie… Vous pensez qu’il pirouetterait une fois de plus ? Pas du tout. Son accent fut soudain celui d’un saint prêtre qui aurait rencontré des blasphémateurs, ou vu profaner un autel, des hosties. Il m’expliqua avec passion, une passion de gentilhomme du XVIème siècle, qu’il y avait des mystifications vraiment trop impardonnables, des ignorances impossibles à expier, des barbaries qui constituaient le péché contre l’Esprit. Il ne me cacha point que tel ou tel lui paraissaient de vrais criminels, des salopards, des sacrilèges. Ah ! si on eût pu l’entendre cette nuit-là, l’union sacrée qui règne autour du nom de Tristan Derème, eût été rompue à jamais.
Elle existait cependant. L’auteur du Poisson rouge et de l’Escargot bleu était peut-être, avec Paul Valéry, le seul tenant de l’extrême-droite poétique qui fût admis et respecté par l’extrême gauche. »

Le souvenir de Tristan DerèmeL’extrême droite poétique.
Pas trouvé mieux. Voilà donc une délicate façon d’aborder le sujet des amitiés politiques de Tristan Derème. S’il a beaucoup écrit, je n’ai rien trouvé à ce jour de lui abordant franchement le sujet. De nombreuses pistes, de nombreux noms, de nombreuses revues. Les Cahiers de l’Occident, le Gaulois littéraire, l’Echo de Paris, la Muse Française, le Figaro… Le fantaisiste a-t-il fait paraître des écrits témoignant d’un engagement ? Au moins savons nous qu’il a été dans l’action politique : il sera secrétaire (à partir de 1921) d’un député des Hautes-Pyrénées, Armand Achille Fould, et fera parti de son cabinet quand celui-ci sera nommé ministre de l’agriculture (1930-1932).

Son intérêt pour Charles Maurras se limita-t-il à sa seule poésie ? Tristan Derème écrira sur celle-ci, lui rendra hommage et lui dédiera un des poèmes du Ballet des Muses, celui consacré à Polymnie, la muse de la rhétorique, celle qui tient dans sa main un rouleau sur lequel est écrit en latin : persuader.
En voilà un extrait, dans le Poème des Colombes (1929) à la page 161, il fait normalement six pages. Ce poème était déjà paru dans La Muse Française en 1927.


Tandis que l’aurore apparaît
Et bleuit les douces collines,
La Muse mûrit le secret
Des souveraines disciplines.
Sa méditation enfonce ses racines
Jusqu’au centre de l’Univers ;
Elle nourrit son âme aux richesses profondes
Pour que la sagesse des mondes
Se dore au fruit de ses beaux vers.
C’est l’olivier. Il est debout dans la lumière,
O troupeau des mortels, cependant que tu pais ;
Ses rameaux se plient à nos tempes,
Son huile brûle dans nos lampes :
Elle est douceur et force ; elle éclaire nos soirs
Et les ténèbre souterraines ;
Elle éclaire la mer où plongent les Sirènes
Et nous découvre ses miroirs
Où dans le calme azur sourient nos désespoirs.
C’est l’arbre de Pallas et c’est l’arbre des sages.
Que la divine olive orne les paysages,
Maurras, où nous menons la plainte de nos jours ;
Tu l’as cueillie en ton enfance
Sur les coteaux de la Provence
Et par elle nos cœurs dédaigneront l’offense
Et le désastre des amours.

Ce n’est pas ce que je trouve de mieux de Derème et je ne peux m’empêcher de voir une contrepèterie dans :
Pour que la sagesse des mondes
Se dore au fruit de ses beaux vers.

Quel ver était dans le fruit ?