Reste dans ta coquille et dédaigne, escargot,

À Jean Pellerin.

Reste dans ta coquille et dédaigne, escargot,
cet humide parfum de rose et d’abricot ;
ta solitude sera douce si tu l’ornes
de beaux rêves ; il pleut ; tu mouillerais tes cornes.
L’averse drue et chaude écrase le gazon,
et les tonnerres illuminent la maison
et la muraille où tu te colles sous les toiles
d’araignée ; et le vent a soufflé les étoiles
et la lune a roulé dans l’herbe comme un fruit.
Rentre tes cornes ; loin des éclairs et du bruit,
médite sur toi-même et dore tes pensées.
L’orage fauche l’herbe et les feuilles froissées ;
il siffle et fait voler les ardoises du toit.
Laisse le monde s’écrouler autour de toi.

Tristan Derème

dans Le poème de la pipe et de l’escargot 1912