Quand tu m’auras quitté, (ne lève pas les bras),

IX.

Quand tu m’auras quitté, (ne lève pas les bras),
Quand tu m’auras quitté, car tu me quitteras,
je n’irai plus chercher d’œillets chez la fleuriste.
Je demeurerai seul avec mon rêve triste,
et je dirai : « Voilà la chambre où tu te plus,
et voilà le miroir qui ne te verra plus,
la table d’acajou, le canapé, le pouf, le
tabouret où le soir tu posais ta pantoufle.
O golfe calme, où le bonheur était ancré !… »
Et quelquefois amèrement je sourirai,
en feuilletant mon vieux Racine aux coins de cuivre,
des pantins que tu fis dans les marges du livre…

Tristan Derème

dans Les ironies sentimentales 1909