« Allez et que l’amour vous serve de cornac… »

La verdure dorée par Tristan Derème

Je ne pensais pas revenir aussi vite à notre pachyderme, mais l’actualité de la semaine, hasard et coïncidence… Avons-nous un féminin au mot « cornac » ?
Je ne suis pas le premier à avoir rapproché le poème qui va suivre avec les anciens d’un parti politique. En surfant sur les cyberpages, j’avais déjà rencontré un article en mentionnant les premiers vers. C’est vrai que sortis de leur contexte certains vers deviennent cocasses ce qui je pense n’aurai pas déplu à Tristan Derème. Imaginons-le, quelques secondes, interpellant une candidate célèbre dans la deuxième strophe ! Edifiant, non !
Quelques secondes seulement ! Voilà donc le premier poème du recueil « La Verdure Doré », de Tristan Derème chez Emile-Paul Frères, 1922.

Allez et que l’amour vous serve de cornac,
Doux éléphants de mes pensées.
O poètes, tu n’as qu’
À suivre allègrement leurs croupes balancées,
Cependant que l’espoir te tresse un blanc hamac.

Tu as voulu guider ton troupeau vers les cimes,
Vers le glacier que nul vivant n’avait foulé ;
Les éléphants tremblaient sur le bord des abîmes,
Où, tandis qu’ils tondaient un maigre serpolet,
Tu prenais des poses sublimes.

Va ! Redescends avec tes monstres affamés
Vers la douceur des terres grasses.
C’est le vallon que tu aimais,
La maison aux volets fermés,
La flûte au bord du fleuve et les vieilles terrasses.

Voici la plaine herbeuse où tu reposeras
Dans le hamac consolateur des infortunes ;
L’air nocturne caressera tes membres las,
Et les bleus éléphants brouteront des lilas,
Sous la clarté tiède des lunes.

Aparté
Patachou intervient ici avec malice, disant que plus tard il visitera le paradis des éléphants, un paradis où les éléphants font semblant de brouter, au clair de lune.

« – Ils feront semblant ?…
– …les éléphants morts n’ont pas faim ; mais ils font semblant de brouter, pour ne pas trop s’ennuyer dans l’éternité. »

( dans Patachou Petit Garçon, 1929)
Oublions la rose, revenons aux lilas. Ce poème nous parle d’amour et méditons sur les raisons pour lesquelles le poète y voit nos pachydermes en bleu !

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