À Saint-Pée, l’alpiniste dans un fauteuil

Bien sûr, la terre a tremblé ici. Vendredi 17 novembre à 19h19 ; 4,8 sur l’ échelle de Richter ; épicentre dans le secteur de Lourdes, Argelès-Gazost et ressenti bien franchement sur Tarbes…
A l’origine, je souhaitais dire qu’il avait enfin neigé. Les sommets blanchis. Les longues discussions sur la précocité ou la tardiveté de ces chutes dans la saison : sans fin. Ensuite la beauté de la chaîne des Pyrénées. Et j’ai pensé à ce fauteuil installé par Tristan Derème, «dont les quatre pieds étaient dans l’herbe d’une prairie heureusement ensoleillée », son jardin sans doute face aux montagnes, dans sa maison, « la maison du poète », à Saint-Pé, près d’Oloron.

Il vécut une partie de sa vie au pied de la chaîne : à Arreau ce joli village passage obligé du tour de France entre le col de Peyresourde et le col d’Aspin, à Tarbes et bien sûr dans la maison familiale près d’Oloron. Et si ses activités journalistiques et littéraires lui ont permis de fréquenter de nombreux pyrénéistes, tel Paul Mieille, Ludovic Gaurier et bien d’autres, il semble bien qu’aucun n’ait réussi à l’embarquer pour une randonnée ! D’ailleurs écoutez ce qu’il écrivait dans une des 77 chroniques et articles rassemblés dans La Libellule Violette, Grasset, oeuvre posthume de 1942, page 197 sous le titre de L’alpiniste et le fauteuil :

Je demande seulement que les personnes qui rencontrent de très grandes voluptés, dont le récit m’enchante au sommet des pics, ne se mettent point en tête de me lier à leur caravane aérienne, tout de même que je ne les contrains pas du tout à s’asseoir près de moi dans l’herbe pour écouter mes grillons, cependant que deux mésanges s’égosillent dans le pommier et que les jeunes hirondelles se perdent sur les branches sèches du cerisier où leur mère, sans se poser, leur apporte des mouches et déjà siffle dans l’azur.
– Monsieur, me disait l’autre jour une de ces grimpantes personnes, que j’étais heureuse sur ce pic ! Et je voyais votre maison ! Madame ai-je répondu, le pic où vous étiez vous ne pouviez guère le contempler sous vos pieds tandis que d’ici je l’admire ; et vous avouerez que ma maison vous la voyez mieux encore maintenant qu’à deux pas de nous, à côté des pigeons, sa girouette tourne au-dessus des ardoises, et que les volets bleus sont entr’ouverts sur les capucines de l’automne.

Peut-être qu’installer un fauteuil sur le pic du midi d’Ossau…

la maison du poète

Tristan Derème à Saint-Pée

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